Déterminer la valeur d’une entreprise : nos conseils d’experts

Valoriser correctement une entreprise n’est pas une science exacte. Cet exercice parfois difficile met en jeu le passé et les perspectives d’avenir. Éléments comptables, ratios financiers, estimations…, Educompta vous présente les trois principales méthodes permettant de déterminer la valeur d’une société.

Les éléments de valorisation d’une entreprise

Dans le cadre d’une cession ou d’une transmission, le prix d’une société dépend principalement des 4 facteurs suivants :

  • Valeur objective de l′entreprise : elle est déterminée par le vendeur et l’acheteur de manière rationnelle, à condition que chaque partie possède des informations suffisamment précises sur la société
  • Éléments immatériels : ceux-ci peuvent avoir un rapport avec l’urgence de la vente, les liens affectifs du cédant envers son entreprise, un savoir-faire spécifique…
  • Qualité de la négociation
  • Capacité de l’entreprise à dégager un bénéfice permettant au repreneur de rembourser son investissement

La valorisation d’une entreprise nécessite avant tout de bien connaître ce qui la constitue : engagements hors bilan, passé, services et/ou produits proposés à la clientèle, forces et faiblesses, environnement concurrentiel… Toutes ces informations sont essentielles, surtout pour le futur repreneur. Dans tous les cas, il est recommandé de fixer une limite haute et basse en matière de prix :

  • Prix d’acquisition maximal pour l’acheteur
  • Prix de cession minimal pour le vendeur

Plusieurs méthodes d’évaluation permettent de calculer une fourchette de prix. Ces méthodes se répartissent en 3 catégories afin de cerner au mieux la valeur théorique d′une société :

  • Actif net corrigé
  • Multiple de résultat
  • Flux de trésorerie prévisionnels

Actif net corrigé (ANC) – Valorisation patrimoniale

Sur la base du bilan comptable le plus récent, cette première façon de valoriser une entreprise fait intervenir deux éléments :

  • Actif net, pouvant être défini comme étant la différence entre les :
    • Immobilisations corporelles réévaluées à leur valeur de marché
    • + Stocks (ils ne doivent pas être sur ou sous-évalués)
    • + Créances commerciales (attention aux clients douteux)
    • + Disponibilités (montants figurant dans le bilan en Banques et Caisses)
    • + Titres de placement à leur valeur comptable (sauf dépréciation suite à un effondrement du marché)
    • – Dettes à court, moyen et long terme, exigibles au moment de l’évaluation
  • Rentabilité potentielle de l’entreprise : estimation des bénéfices prévisibles avec un cycle d’exploitation normal, c’est-à-dire sans tenir compte d’événements exceptionnels

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Notions de Goodwill et Badwill

Une fois cette étape réalisée, le principe de la méthode ANC consiste à mettre en confrontation les bénéfices de l’entreprise avec ceux procurés par un capital (= l’actif net) qui serait placé sans risque. Deux cas de figure sont alors envisageables :

  • Le placement sans risque présente moins d’intérêt que si l’argent était investi dans l’entreprise : il est alors possible d’augmenter la valeur de l’actif net d’un montant correspondant à des éléments immatériels. L’actif net est corrigé de façon positive = Goodwill
  • Le placement sans risque est plus avantageux que si l’argent était investi dans l’entreprise : la différence doit être retranchée de l’actif net qui est corrigé de façon négative = Badwill

Le Goodwill représente donc des éléments dont la valeur n’apparaît pas dans le bilan comptable, mais faisant pourtant partie de la valorisation réelle de l’entreprise. Ceux-ci peuvent être des brevets, marques, savoir-faire et compétences spécifiques, contrats exclusifs, rentes de situation ou encore le niveau de réputation de la société.

Exemple

Nous commençons par calculer l’actif net de l’entreprise X, pouvant être déterminé de deux façons (chiffres repris dans le bilan et simplifiés, sans corrections) :

  • À partir des capitaux propres :
    • Capital = 10.000€
    • + Réserves = 1.000€
    • + Subventions = 500€
    • + Écart de conversion au passif = 150€ 
    • – Écart de conversion à l’actif = 350€
    • Total = 11.300€
  • À partir de l’actif :
    • Immobilisations incorporelles = 500€
    • + Immobilisations corporelles = 15.000€
    • + Stock = 400€
    • + Créances clients = 1.000€
    • + Disponibilités = 2.000€
    • + Charges constatées d’avance = 200€
    • – Provisions = 1.000€
    • – Emprunts = 3.000€
    • – Dettes = 3.800€
    • Total = 11.300€

Nous pouvons alors déterminer le Goodwill dans ce cas présent :

Goodwill = RNC – Rémunération des capitaux engagés (à un taux défini)

  • Le RNC est le résultat net comptable de l’entreprise
  • Les capitaux engagés, ou investis, sont les capitaux propres de l’entreprise majorés des dettes et auxquels sont retranchés les liquidités. Ils servent à financer le cycle de production

Partons du principe que l’entreprise X génère un RNC de 2.000€ sur le dernier exercice comptable, avec des capitaux engagés de 8.000€ rémunérés à 4%.

Le Goodwill est de : 1.000€ – (8.000€ x 4%) = 680€. Il est alors ajouté à l’actif net de 11.300€.

L’entreprise X est ainsi valorisée à 11.980€ avec son actif net corrigé.

A noter
Il est encore possible d’aller plus loin avec cette méthode grâce au calcul de l’actif net comptable réévalué. Il s’agit d’additionner à l’actif net corrigé la valorisation du Goodwill (ou du Badwill) sur plusieurs années, en appliquant un taux d’actualisation.

Multiple de résultat – Valorisation selon la rentabilité

Cette autre méthode de valorisation fait intervenir la notion de rentabilité. Il convient pour cela d’utiliser un multiple de résultat.

Quel « résultat » choisir ?

Ce dernier diffère selon les secteurs et les analystes. Il est en effet possible de prendre comme résultat de référence les données suivantes :

  • Résultat net ou bénéfice net (attention aux produits et charges exceptionnels)
  • Résultat brut d′exploitation
  • Résultat courant (= Rt d’exploitation + financier)
  • Marge brute d′autofinancement
  • EBITDA (ou BAIIA en français pour « bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements »)
  • EBIT (ou BAII en français pour « bénéfice avant intérêts et impôts »)

L’indicateur retenu doit être celui du dernier exercice ou représenter une moyenne des exercices comptables précédents.

Coefficient multiplicateur

Ce coefficient est déterminé selon le domaine d′activité (restauration, vente de vêtements, industrie…). Dans la pratique, plus l’entreprise évolue dans un secteur risqué et plus le coefficient est faible.

Le coefficient multiplicateur s’obtient en divisant la valeur de l’actif net ou des capitaux propres par l’un des indicateurs suivants : CA, EBE, Rt d’exploitation ou CAF.

A retenir
Cette méthode de valorisation est assez simple à utiliser puisqu’il suffit de déterminer un indicateur (par exemple le CA) et un coefficient multiplicateur.

Flux de trésorerie (cash-flow) prévisionnels – Valorisation selon les perspectives d’avenir

Cette 3e méthode, dite DCF (Discounted Cash Flows), part du principe que la valeur d’une entreprise est égale au cash flow prévisionnel qui sera potentiellement dégagé au cours des 5 à 10 prochaines années.

Calcul des flux de trésorerie

De la même façon que pour le multiple de résultat, le calcul des flux de trésorerie diffère selon les secteurs et les analystes. Cependant, la meilleure façon de déterminer la trésorerie générée pendant un exercice reste l’opération suivante :

Cash flow  = Rt d′exploitation net d′impôts

+ DAA et DAP

– Amortissements d′exploitation

– Augmentation du BFR

– Investissements (incorporels, corporels et financiers)

Évolution dans le temps

Il convient alors par la suite d’estimer l’évolution de ces données au cours des années à venir (sur 5 à 10 ans). Cette étape est plus hasardeuse puisqu’elle ne repose pas sur des éléments concrets mais des estimations à moyen terme… 

Actualisation

Il est ensuite indispensable d’actualiser le cash flow. Concrètement, il faut évaluer la valeur de l’argent futur avec celle de l’argent actuel, sans compter que sa perception n’est pas garantie dans l’avenir, puisque basée sur une estimation. Pour ce faire, l’utilisation d’un taux d’actualisation lié aux variations anticipées en matière d’inflation et de taux d’intérêt est nécessaire.

Cette méthode est donc bien moins fiable que les deux précédentes, la valeur de l’entreprise pouvant fortement varier selon les évaluations et interprétations de chacun. Elle a longtemps été réservée aux start-ups et aux sociétés avec des pertes d’exploitation importantes, mais qui présentaient un fort potentiel de développement.

A noter
Les retours d’expériences obtenus grâce aux valorisations théoriques, couplés aux déconvenues des investisseurs, ont rendu beaucoup moins populaire cette méthode. Son utilisation est donc très prudente de nos jours.

Conclusion : quelle est la meilleure méthode pour valoriser une entreprise ?

Les différentes méthodes d’évaluation aboutissent à des résultats plus ou moins éloignés. Il faut éviter d’en faire une moyenne, ces disparités étant normales puisque basées sur des stratégies de valorisation différentes.

Par exemple, la méthode de l’actif net corrigé peut conduire à un meilleur résultat que celle des flux de trésorerie prévisionnels. Cela signifie que l’entreprise vaut davantage par ses actifs réévalués (qui font référence au passé) que par sa rentabilité future. L’acheteur peut être alors amené à négocier le prix à la baisse, puisqu’une société à vendre met souvent en avant son potentiel de rentabilité. Un résultat inverse peut au contraire permettre au vendeur de maintenir son prix, son entreprise étant considérée comme dynamique…

Chaque méthode peut donc être bénéfique dans son interprétation pour l’une ou l’autre des parties (vendeur ou acheteur). Elle sert avant tout à justifier ou négocier le prix de vente. Pour obtenir une estimation de la valeur d’une entreprise la plus juste possible, l’idéal est d’utiliser plusieurs procédés pour confronter les données de façon objective.

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